A la rencontre des esprits du Gabon
Le Musée Dapper présente des sculptures de l’Ogooué. Elles sont liées au culte des ancêtres et empreintes d’une grande intensité.
Alors que le Musée du Quai Branly se présente comme le « généraliste des arts premiers », la Fondation Dapper entend jouer la complémentarité en axant ses propos sur une seule région africaine. Elle expose, issue de sa très grande réserve, une remarquable sélection d’œuvres entièrement consacrées aux esprits des peuplades du bassin de l’Ogooué, un long fleuve pas tranquille qui traverse d’est e ouest l’équatorial Gabon.
Les amateurs d’art africain considèrent le Gabon comme le pays à la plus forte densité de sculptures « intenses », celles dont la puissance est telle qu’elle domine toutes les pièces représentatives d’un même culte universel, celui de l’ancêtre. Trois ethnies sont particulièrement présentes, notamment par leur dévotion aux anciens qu’elles considèrent comme encore à leur cotés. On trouve les masques blancs quasi japonisants Punu, les statuettes noires Fang et les reliquaires abstraits en cuivre Kota.
Les figures reliquaires sont des statuts plus ou moins humaines que l’on disait au-dessus d’un panier en osier renfermant certains ossements d’illustres défunts. Ces statuts ont des formes androgynes chez les Fang, stylisées avec de gros yeux chez les Kota et géométrique chez leurs cousins Mahongwe. Recouverte d’huile de palme pour les premières, de laiton et de cuivre astiqué pour les deux autres, elles devaient briller pot faire revenir l’esprit du disparu lors de leurs rares apparitions les nuits de pleine lune, et aussi pour faire craindre la mort aus non-initiés. Très bien mise en valeur, chacune d’entre elles dégage une impressionnante force sereine, preuve de leur marque d’autorité. Plus légers d’apparence, les marques Punu aux scarifications croûteuses, masques destinés à accompagner les cérémonies cultuelles, notamment la plus conséquente, le Bwiti, mélange d’initiation et de justice. Ici aussi la mise en scène est une réussite.
Au premier étage, forcément plus diffuse st la présentation mélangée de masques (petite) cérémonie et d’objets quotidiens : pipes à la tige de bandes de laiton, harpes sculptées, trompes en ivoire, couteaux en forme de toucan, colliers de perles travaillées, soufflets humanoïdes, cuillères torsadées, cannes décorées et chasse-mouche à poils de phacochères sont la confirmation de l’excellence artistique des peuples gabonais. Le beau livre-catalogue (22 €) détaille ses objets et surtout les met en perspective en tant qu’instruments de relation avec des ancêtres toujours présents.
« Gabon, présence des esprits », jusqu’au 22 juillet 2007 au Musée Dapper (www.Dapper.com) à Paris. Tel 01.45.00.91.75
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